joué du 6 mars au 20 mai 2007 au théâtre Artistic Athévains

et les 25 et 26 mai au Théâtre de Jouy (Jouy-le-Moutier)

Il Matrimonio segreto

 

livret Giovanni Bertali
compositeur Domenico Cimarosa

chef d'orchestre : Andrée-Claude Brayer
mise en scène : Anne-Marie Lazarini
décor et lumières : François Cabanat
costumes et surtitres : Dominique Bourde

avec l'Orchestre-Studio de Cergy-Pontoise
Jean-Marie Poupelin / Baptiste Gibier, hautbois
Philippe Durand, cor
Aude Caulé Lefèvre / Nathalie Saint-Arroman, violon 1
Romain Sénac, violon 2
Carole Dauphin / Nicolas Galière, alto
Maud Simon / Guillaume François, violoncelle
Cécile Grondard, contrebasse
Thérèse Fèvre, clavecin

Liliane Bourdin-Hasson, chef de chant
et les chanteurs
Frédéric Bang-Rouhet, basse (Le Comte)
Pierre-Michel Dudan, basse (Geronimo)
Claire Geoffroy-Dechaume, mezzo-soprano (Fidalma)
Karine Godefroy, soprano (Elisetta)
Gaëlle Pinheiro, soprano (Carolina)
Gorka Robles Alegria, ténor (Paolino)

création Les Athévains / L'Orchestre-Studio de Cergy-Pontoise
en coproduction avec le Festival d'Auvers sur Oise et le Théâtre de Jouy (Ville de Jouy-le-Moutier) : représentations les 25 et 26 mai 2007
Remerciements Opéra national de Paris - direction Gérard Mortier


conception : François Cabanat

Carolina et Paolino se sont mariés clandestinement et se préparent à l'avouer à leur entourage. Trois obstacles se dressent sur leur route : un père qui sait mieux que ses filles où réside "son" intérêt, un comte qui tombe sous le charme de la cadette alors qu'il est fiancé à la sœur aînée, une tante qui se prend de vouloir épouser le " mari secret " de sa nièce. S'en suit une série d'événements qui auraient pu envoyer Carolina au couvent...

C'est au mois de mai 2005 que, répondant à l'invitation de L'Apostrophe, Scène nationale de Cergy-Pontoise, j'ai eu la joie de mettre en scène un premier opéra : La Traviata de Verdi. Pas à pas, grâce à la complicité tissée au fil des répétitions avec Andrée-Claude Brayer, j'ai pu appréhender cet univers avec François Cabanat (scénographe) et Dominique Bourde (costumière), mes compagnons de création : de la petite salle du théâtre Artistic Athévains, où nous avons dans un premier temps travaillé avec les solistes, sur un plateau nu, de façon très intimiste, jusqu'à l'immense scène de L'Apostrophe où ils ont retrouvé choristes, instrumentistes…

L'" envie  " précédait bien sûr cette invitation et l'aventure de La Traviata n'a fait que la réaffirmer : dès les premiers jours de travail il nous a semblé tout naturel que l'expérience se poursuivrait dès que possible en nos murs. Pas dans cette dimension, bien sûr, notre plateau ne pouvant accueillir une telle assemblée de chanteurs et de musiciens, mais dans une forme qui, même sur un espace plus réduit, laisserait à chacun - chef d'orchestre et metteur en scène - une liberté de création.

Andrée-Claude Brayer m'a confié le livret du Mariage secret de Cimarosa en février 2006 et il m'a tout de suite semblé que cet opéra répondait pour de multiples raisons à cette aspiration.


photo : Marion Duhamel

On n'a pas oublié que la première représentation du Mariage Secret fut un triomphe. Il n'y a pas d'autre exemple dans toute l'histoire de l'Opéra d'un bis qui reprend (sans autre repos que celui du temps d'un souper) la totalité de l'œuvre à la demande du commanditaire empereur. On ne sait aujourd'hui qui admirer le plus, des convives du Prince mélomane qui passèrent la nuit sous le charme incomparable de la musique de Domenico Cimarosa ou des chanteurs qui ne craignirent pas l'effort demandé à leurs voix.

Le livret très théâtral de Giovanni Bertati est sans doute pour beaucoup dans cet immense succès de l'année 1792 (cent dix représentations en cinq mois !). Il prend ses distances avec la forme un peu rigide des farces de la commedia dell'arte pour se rapprocher des meilleures comédies de Goldoni ou de Sheridan. L'opera seria mettait sur la scène des héros superficiels aux passions stéréotypées. L'opera buffa redescend sur terre et se rapproche de la réalité des humains, d'une vérité des sentiments et de la vie. Les spectateurs de l'époque seront subjugués par ce melodrama giocoso et s'enthousiasmeront de voir représenté quelque chose qui commence à ressembler à leur quotidien, des personnages et une intrigue moins prévisibles, même si la musique ravissante ne les incite pas à remarquer outre mesure les aspérités du texte.


photo : Marion Duhamel

Et c'est pourtant là que le metteur en scène de théâtre, s'emparant de cette mécanique parfaite et joyeuse, découvre les petits grains de sable qui vont rendre un peu plus rugueux qu'il n'y paraît au premier abord ce tourbillon d'événements et de quiproquos. Il est ici, contrairement à ce que suggère la musique si délicieuse à écouter, beaucoup plus question de contrats, de négociations et d'argent, d'autorité et de sujétion que d'amour, de passion ou de liberté. On voit bien alors que cet opéra n'idéalise plus la nature dès lors qu'on prête attention au chagrin qui peine à s'exprimer, aux déceptions silencieuses que la société réserve aux femmes, enjeu de l'argent qui s'échange. Et c'est un jeu subtil entre la nécessaire fin heureuse (happy end !) que l'on attend (et que l'on aura !) et la dureté entr'aperçue d'une vie gouvernée par les intérêts et non par les sentiments.

Le travail de mise en scène prend sa place à cette intersection entre la somptueuse beauté de l'écriture musicale et les discordances que tente d'introduire, par touches minuscules, le dramaturge.

Anne-Marie Lazarini