du 9 janvier au 26 mars 2012
lundi, mardi, samedi 20h30 ; mercredi, jeudi 20h ; vendredi 19h ; dimanche 16h
attention : calendrier irrégulier : réservation indispensable 01 43 56 38 32

vendredi 3 février à 20h30, après la représentation de Lo Speziale, Marc Vignal, musicologue, auteur d’ouvrages de référence sur Haydn, proposera une conférence / débat autour du compositeur.
Lo Speziale
dramma giocoso per musica de Carlo Goldoni
un opéra-bouffe de Franz Joseph Haydn (1768)

adaptation et direction musicale, piano forte Andrée-Claude Brayer
mise en scène Anne-Marie Lazarini
assistant Bruno Andrieux

décor (conception et peintures sur toiles) et lumières
François Cabanat

costumes et surtitrages Dominique Bourde
assistante aux costumes Sophie Heurlin

avec Jean-François Chiama (ténor), SEMPRONIO
Karine Godefroy (soprano), GRILLETTA
Laurent Herbaut (baryton), VOLPINO
Xavier Mauconduit (ténor), MENGONE

les musiciens de l'Orchestre-Studio de Cergy-Pontoise,
Romain Sénac (violon)
François Martigné (alto)
Guillaume Martigné (violoncelle)
Jean-Marie Poupelin (hautbois)
Norbert Vergonjanne (cor)

Liliane Bourdin-Hasson et Anne-Lise Saint-Amans (piano, chefs de chant)

création Les Athévains
remerciements Opéra national de Paris - Direction Nicolas Joël




Du dramma giocoso per la musica...

Retrouver Goldoni plusieurs années après avoir monté Les Amoureux c'est retrouver une forme particulière du bonheur de la représentation, celui d'un théâtre brillant, drôle et tendrement humain. Goldoni avait déjà écrit plus de quatre-vingts livrets d'opéra. Et dans Lo Speziale, il est fidèle à lui-même et à ses règles dramatiques : ne jamais séparer l'écriture de la vie, se pencher sur tous les milieux sociaux, observer malicieusement la réalité du monde.

Son génie comique le conduit à placer ses personnages dans les situations les plus inattendues et les plus extravagantes sans aucun souci de véracité ou de réalisme. Rien n'arrête son inventivité au service du pur divertissement : amoureux déguisés, faux notaires, enlèvement de la belle et même turqueries comme chez son illustre prédécesseur français, Molière.

J’ai souhaité que le rôle de Volpino soit joué par un homme et non par une femme comme le veut l’écriture d’origine de Haydn. En effet, la pièce est une sorte de tourbillon autour de la jeune Grilletta, convoitée par tous les hommes comme une exquise pâtisserie. Renoncer au travesti permet de donner à la pièce de Goldoni toutes ses résonances. Ici le comique naît d’une succession de répliques dont la vivacité et l'esprit empêchent qu'on s'attarde sur leur invraisemblance.

Goldoni donne vie et présence à ses personnages en parfaite harmonie avec la musique de Haydn créant ce théâtre du monde, qui lui était si précieux, et auquel s'ajoute aussi le pouvoir qu'ont acquis ces personnages de chanter leurs aventures.

Anne-Marie Lazarini (metteur en scène)


...à l’opera buffa.

Lo Speziale est la troisième œuvre lyrique de Haydn créée en 1768. Haydn traduit ici à la perfection l'esprit et la malice du théâtre de Goldoni, et désormais l'œuvre fait partie du répertoire fréquemment monté comme opéra de chambre.

Une partie assez importante du troisième acte a définitivement disparu dans un incendie, dès la création. J’ai souhaité remplacer ces deux airs par l’aria n°7 du premier acte de Lo Speziale (rarement chanté) et le duo de Bastien et Bastienne de Mozart. La pièce se termine en apothéose, avec un air magnifique au répertoire des plus grandes sopranos suivi d'un ensemble particulièrement réussi.

Les airs sont superbes, déjà empreints de romantisme (Sturm und Drang), les ensembles fort enlevés, et on y trouve les prémices des grands opéras de Mozart qui vont suivre, en particulier Cosi fan tutte. Les passages “orientaux” sont très rythmés et amusants. Le rôle de Volpino a été confié ici à un baryton : cela donne une couleur différente à la fois aux deux airs très virtuoses qui s'adaptent parfaitement à cette tessiture, et aux récitatifs et ensembles qui seront ainsi rendus plus variés. Musicalement, la transposition de l’oeuvre orchestrée en une partition pour un petit ensemble de chambre donne une grande légèreté à la musique partenaire du plateau pour un dialogue homogène et aérien entre chanteurs et musiciens.

Andrée-Claude Brayer (chef d’orchestre)



Haydn, le Prince et l’Opéra

Joseph Haydn (1732-1809) destina ses treize opéras italiens, sauf le dernier, à la cour des princes Esterhazy, où il fut maître de chapelle à partir de 1761.

Tous furent représentés en des occasions bien spéciales : mariages, fêtes, anniversaires, réceptions de hauts personnages, etc. Ils illustrent parfaitement ce qu'était la vie de cour dans l'orbite de Vienne dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, d'autant que cette période marqua l'apogée de la puissance et surtout de la gloire des Esterhazy. Pour le prince Nicolas, qui régna de 1762 à 1790, la musique n'était pas qu'un art d'apparat. Il l'appréciait en vrai mélomane, en particulier (surtout à la fin de sa vie) l'opéra.

Au fil des ans, Haydn fut donc amené à diriger devant lui non seulement ses propres opéras, mais aussi ceux d'autrui : de 1780 à 1790, plus de mille représentations de soixante-treize ouvrages de vingt-cinq compositeurs différents. On a peine à imaginer que Haydn ait pu s'acquitter de cette tâche souvent fastidieuse, car d'autres activités l'accaparaient : concerts divers, composition d'œuvres nouvelles aussi bien pour le prince que (de plus en plus) pour le monde extérieur, etc.

La vie de cour finit par lui peser, et c'est avec une sorte de soulagement qu'à la mort du prince en 1790, il put se rendre à Londres.

Lo Speziale, le troisième des treize opéras italiens de Haydn, fut créé à Eszterhaza, le tout nouveau palais des princes Esterhazy en Hongrie, le 28 septembre 1768, et c'est à cette occasion que fut inauguré son théâtre. Haydn dirigea encore l'ouvrage à Vienne en mars 1770 “avec un rare succès”, puis de nouveau à Eszterhaza en octobre 1774.

C’est probablement le ténor Carl Friberth, créateur du rôle de Sempronio, qui a choisi le livret de Goldoni. Il ne conserva que les éléments bouffes, supprimant les éléments “sérieux”, et réduisit le nombre des personnages à quatre, un des deux rôles masculins (celui de Volpino) étant en outre chanté par une femme.

La dimension bouffe de Lo Speziale se manifeste assez crûment dans l'air de la “constipation” chanté par Mengone à l'acte I, puis dans le finale de l'acte II, où Mengone et Volpino apparaissent déguisés en notaires en chantant du nez, et dans l'air “turc” de Volpino à l'acte III, avec ses notes et ses rythmes répétés. Haydn sut tirer le meilleur parti de la version qui lui fut soumise de la satire de Goldoni.

Marc Vignal



Revue de presse

Une belle redécouverte que ce rarissime opéra bouffe de Haydn. Figaroscope
Goldoni le Vénitien connaît la chanson. Ce sont là biscuits plein de saveur épicée. Spectacle Sélection
Le mot "ravissement" vient à l'esprit dès les premières minutes de cette oeuvre burlesque et satirique. Monde et vie
La mise en scène par Anne-Marie Lazarini est une vraie réussite, les anachronismes sont un régal et un discret trait d'humour. Sorties à Paris
Le décor de François Cabanat est l'écrin idéal pour une Venise aussi ravissante que théâtrale. Fous de théâtre
Les costumes sont beaux, légers, somptueux. L'Artistic Athévains confirme sa vocation de théâtre des Arts. Froggy's delight
Un spectacle bijou. Quatre chanteurs portent avec la même justesse les notes et les personnages. Tous frémissant au souffle de la vie qui court. Un enchantement ! La Croix
Il y a de la générosité et un peu de folie dans ce pari d'Anne-Marie Lazarini. Le public est conquis. Télérama
Quel plaisir de voir ces jeunes voix mêler au plus près leur ligne de chant à leur jeu scénique. La Terrasse
On espère prochainement revoir et réentendre l'exquise Karine Godefroy ! ForumOpéra
Le charme et l'ironie de le musique et du livret sont servis avec humour par Andrée-Claude Brayer, fine musicienne et chef d'orchestre. Webthéa
Un délicieux spectacle qui ne déparerait pas dans un grand théâtre tel l'Opéra Comique. Sortiz
Ton léger, ouverture étincelante, délicieux quatuor, pittoresque air, turquerie, traduction très recherchée. Cet apothicaire mérite une visite. ConcertoNet
Un spectacle hautement recommandable dans le cadre intime et chaleureux de l'Artistic Athévains. Les trois Coups