du 10 novembre 2015 au 23 janvier 2016

mardi 20h ; mercredi, jeudi 19h ; vendredi, samedi 20h30 ; samedi 16h, dimanche 15h
relâche lundi
Attention  : vendredi 25 décembre à 17h et jeudi 31 décembre à 20h30 mais
relâche le mercredi 24 décembre.
En janvier : relâche le lundi 4 mais représentations les lundis 11 et 18 à 20h30 ;
représentation le dimanche 3 à 15h mais relâches les dimanches 10 et 17 janvier.



Chat en poche

de Georges Feydeau

mise en scène Anne-Marie Lazarini
assistant à la mise en scène Bruno Andrieux

décor et lumières François Cabanat

costumes Dominique Bourde

avec Jacques Bondoux, Cédric Colas, David Fernandez, Giulia Deline, Frédérique Lazarini, Sylvie Pascaud, Dimitri Radochévitch



Mais je n'ai nulle envie d'aller chez les fous ! fit remarquer Alice.
Oh ! Vous ne saurez faire autrement, dit le Chat :
Ici, tout le monde est fou. Je suis fou. Vous êtes folle.
Comment savez-vous que je suis folle ? demanda Alice.
Il faut croire, répondit le Chat, que vous l'êtes ;
sinon, vous ne seriez pas venue ici.

Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles


Pour imposer au répertoire lyrique parisien l'œuvre fantaisiste de sa fille unique et assurer à son nom une belle postérité, un bourgeois de la capitale décide de s'offrir, transfuge de l'opéra de Bordeaux, le ténor le plus convoité du moment. L'entrée en scène de son homonyme va déclencher des fantasmes de toutes sortes dans ce petit monde confit dans son égocentrisme, sa frustration et ses rêves de gloire…

Chat en poche est la deuxième longue pièce d'un Feydeau de vingt-six ans et l'on y sent toute sa jubilation à tirer les ficelles d'un vaudeville atypique, sans mari trompé, sans jupon retroussé, à jouer en virtuose avec le langage, l'esprit des répliques, les malentendus en chaîne, entraînant ses personnages dans un tourbillon de quiproquos presque surréaliste.

Il y brosse le tableau corrosif et cocasse d'une société joliment aliénée, piquée de prétentions sociales, de pulsions délictueuses et d'aspirations artistiques.

Mais au-delà du comique ahurissant du propos, c'est à nouveau l'écriture qui intéresse Anne-Marie Lazarini. Feydeau joue avec allégresse autour de la langue et ses dialogues côtoient de si près l'absurdité que son petit monde déraisonne… A travers cette vraie comédie les Athévains poursuivent leur exploration des multiples modes de distance au texte.

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Je ne m'occupe que de moi là-dedans .
Bois d'Enghien dans Un fil à la patte

Voilà bien le problème. Dans le théâtre de Feydeau on ne s'occupe que de sa propre personne, on est sourd et aveugle à tous les autres, indifférent à tout ce qui n'est pas soi. Chacun suit son idée sans rien voir ni entendre autour de lui.

Et dans Chat en poche cet aveuglement atteint des sommets : c'est le triomphe du dialogue de sourds. Toute la beauté de cette pièce réside dans la perfection de l'absurde, du « nonsense ».

Comme la Alice de Lewis Carroll descend dans le grenier, Dufausset passe la porte d'une maison de fous où tout paraît normal.

Normal qu'on le prenne pour le ténor célèbre qu'il n'est pas.

Normal qu'on lui offre de toucher 3 500 francs* par mois.

Normal qu'Amandine voit en lui l'homme qu'elle a un jour croisé dans la colonne Vendôme.

Dès qu'on franchit le seuil d'une telle maison on est perdu.

Feydeau va faire durer avec obstination le quiproquo initial qui entraînera tous les autres en cascade, un premier mensonge en générant un autre. Comme la boule de neige de Bergson, la situation initiale, loin de se délier, prend inexorablement de l'épaisseur et rapidement, prisonniers de cet engrenage, les personnages perdent le contrôle de la situation, donnant l'étrange impression de creuser eux-mêmes leur tombe.

Feydeau joue avec frénésie de tous les procédés du vaudeville : quiproquos, coïncidences, rencontres imprévues, erreurs sur la personne, coups de théâtre et retournements de situations, etc., participent à un comique de destruction.

Dans Chat en poche , l'art de l'absurde est tel qu'il atteint une dimension poétique. Il n'y a pas de place pour la réflexion. On se borne à agir. Tout est vitesse et précision. Les personnages se retrouvent engagés dans une fuite en avant dont ils ne peuvent s'extraire et qui les conduit à leur propre perte.

Mais il y a surtout dans cette pièce une virtuosité du langage : les « créatures » de Feydeau se constituent avant tout à travers ce qu'elles disent verbalement. Et là encore, on frôle la déraison : l'enchaînement des mots, des répliques, la langue, l'absence totale d'écoute mutuelle, tout laisse à croire que cette engeance est frappée de démence.

L'univers de Chat en poche est insensé mais piqueté d'un profond déséquilibre à la fois banal et normal dont on n'a pas à s'étonner : absurde et parfaitement logique. C'est cette distance, cet espace entre l'ordre et le désordre que la mise en scène peut explorer.

La folie chez Feydeau est une machine de guerre contre la logique traditionnelle.

Celle d'un vaudeville de la fatalité contre laquelle le temps ne peut rien.

Anne-Marie Lazarini


* Selon l' Insee : compte tenu de l'érosion monétaire due à l'inflation, le pouvoir d'achat de 3 500 francs en 1901 est le même que celui de 13 467,39 euros en 2013.



maquette du décor - François Cabanat

Chat en poche et la presse

Georges Feydeau n’a que vingt-six ans lorsqu’il écrit Chat en poche. Anne-Marie Lazarini emporte la pièce dans une sorte de vertige fou, enchaînant les scènes avec une belle virtuosité et beaucoup d’esprit. Michel Jakubowicz ON-ZeGreen.fr

La pièce atteint les sommets de la folie. L’absurde n’y connaît pas de limites, et c’est cela qui nous ravit aujourd’hui, c’est cela qu’a parfaitement traduit Anne-Marie Lazarini. Son spectacle est une fuite en avant désopilante mise en marche par un quiproquo d’une désarmante simplicité. Philippe Tesson Le Figaro Magazine

Cette oeuvre compte parmi les plus brillantes du maître du vaudeville. L’inventivité de cet univers aux limites du surréalisme trouve une première résonance dans le décor architecturé et métaphorique de François Cabanat qui reflète un monde déséquilibré, avec les ponctuations visuelles d’étonnants sièges aux couleurs éclatantes qui semblent sortir d’un livre d’images. Jean Chollet WT

La mise en scène réussit admirablement à mettre en forme cette folie, dompte et organise le chaos dévastateur avec une verve percutante, joyeuse et précise : la démence ici n’a rien d’hystérique, elle est au contraire remarquablement tenue et maîtrisée. Ce Chat vigoureux, facétieux et bien proportionné est un excellent moment de plaisir théâtral. Agnès Santi La Terrasse

L’excellent François Cabanat a conçu un magnifique décor. Les personnages vont occuper cet espace avec une belle fluidité. Marie-Céline Nivière Pariscope

Dans un décor vitaminé par des meubles d’époque revisités, sept comédiens évoluent parés de noir à l’exception d’un détail qui tue. Enfilez donc vos chaussettes jaunes, votre cravate orange, votre chemise bleue, vos lacets verts et foncez les écouter feydeauiser à leur manière. Amandine Girard Mademoiselle au balcon

Les costumes sont œuvre de Dominique Bourde, ils sont magnifiques. Une très bonne soirée, on aurait envie d’un acte supplémentaire. Robert Bonnardot Sorties à Paris

C’est merveille et parfaite jubilation d’entendre ces hallucinantes répliques qu’Anne-Marie Lazarini a orchestrées tel un opéra-bouffe, resserrant et rythmant judicieusement la partition comique. Les acteurs jouent à merveille. Et parce qu’ils interprètent avec sincérité des situations ridicules jusqu’au délire, ils donnent à Chat en poche une drôlerie qui va jusqu’au vertige. Jusqu’à une insondable poésie. Fabienne Pascaud Télérama

Par la magie du verbe et le règne d’un absurde à la Ionesco, tous sont trompés en croyant tromper autrui pendant que monte la sauce de l’illusion. Anne-Marie Lazarini mène ce ballet foldingue et corrosif comme une mère chatte organise ses petits. Jack Dion Marianne

L’action de Chat en poche repose sur un enchaînement de malentendus et des quiproquos qui s’en suivent. La logique règne, imparable, et recèle un pouvoir comique formidablement efficace. Tout est fou, et tout est normal. Anne Chénieux Le Journal du Dimanche

Un délire qu’Anne-Marie met en scène avec verve joyeuse. Les comédiens jouent en virtuose leur folle partition. Giulia Deline et David Fernandez sont délicieux en fiancés malgré eux. Didier Méreuze La Croix

Anne-Marie Lazarini, maîtresse des lieux et avisée « sourcière » de textes à révéler, a réalisé là une mise en scène espiègle, naïve au meilleur sens du terme, acidulée, pétillante, qui vise juste et bouscule les préjugés liés à Feydeau. Les maris sont irrésistibles – merveilleux Jacques Bondoux et Dimitri Radochévitch – et les femmes, Frédérique Lazarini, incandescente et drôle à mourir, ainsi que Sylvie Pascaud, héroïque, tiennent leur place. Christian-Luc Morel Froggy’s delight

Cédric Colas (Dufausset) s’amuse à jouer les naïfs impertinents. Souple et onctueux comme une guimauve exquise, il se coule parfaitement dans son rôle d’étudiant fumiste et profiteur. Face à cet attachant nigaud amoureux, la belle Frédérique Lazarini (Marthe) a déployé son irrésistible arsenal de séductrice. Sensuellement burlesque, elle séduit toute l’assistance. Florence Gopikian Yeremian BSCnews

Et les miaulements des chats de Rossini donnent malicieusement le ton. Spectacle Sélection


Chat en poche
en images
http://www.youtube.com/watch?v=VAA8L-xwBmI&index=2&list=PL1wlNrMNq2sS5UqvUhVyC_ ESKWYrj1BFE


Autour de :
Chat en poche

[théâtre Artistic Athévains]

samedi 7 novembre à 20h30 et dimanche 8 novembre à 16h :
Avant-premières destinées
aux relais et aux enseignants